Le contrôle technique auprès de garagistes privés en Flandre ?

Le contrôle technique des véhicules pourrait bien s’ouvrir aux garagistes privés en Flandre d’ici 2024. Cette mesure à l’étude en Région flamande ne passe toutefois pas en Wallonie. Valérie De Bue, ministre en charge de la Sécurité routière, ferme en effet la porte à ce qu’elle estime être une “source potentielle de dérive”. Elle dénonce également le risque d’un certificat vert flamand qui ne serait dès lors plus reconnu en Wallonie.

Le contrôle technique auprès de garagistes privés en Flandre ?

Des plaintes justifiées de la part des automobilistes 

Le contrôle technique en Flandre est depuis quelque temps fortement critiqué par les automobilistes. En cause, de nombreux dysfonctionnements et des files d’attente interminables dans les 43 stations de contrôle, accessibles sans rendez-vous préalable, pendant la crise sanitaire. Ce qui a provoqué l’exaspération des automobilistes. Le problème, c’est que même sortis de la pandémie,le mécontentement persiste. Et la ministre flamande de la Mobilité, Lydia Peeters, s’associe à ce mécontentement et se dit fatiguée d’être constamment submergée de plaintes qu’elle estime justifiées.

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Lydia Peeters promet donc immédiatement l’avènement d’un contrôle technique à la flamande enfin axé sur le client, modernisé, débarrassé de tâches ou de formalités jugées chronophages ou inutilement compliquées. Il n’est bien sûr pas question de compromettre l’impératif de sécurité routière mais plutôt d’introduire davantage de flexibilité et de fluidité dans le système, afin de réduire le stress et la frustration lors de l’examen annuel imposé à des milliers d’automobilistes. Une série de propositions ont ainsi été avancées, à l’étape de l’annonce mais déjà en cours d’étude.

Plusieurs changements en vue

Dans les projets à court terme, il est prévu de mettre fin à l’obligation de présenter un véhicule à une contre-visite dans les quinze jours en cas de défaillances mineures considérées comme non dangereuses pour la sécurité routière. À la place, cette vérification pourra être effectuée lors du prochain contrôle annuel. Il sera par exemple possible de régler un phare mal ajusté, de remplacer des essuie-glaces usés ou de changer une ampoule défectueuse au tableau de bord sans avoir à se rendre endéans 2 semaines dans un centre de contrôle technique. De plus, il est prévu de ne plus pénaliser les automobilistes qui ne peuvent pas présenter le certificat de conformité du véhicule, la preuve d’assurance ou encore la simple convocation au contrôle.

À moyen terme, l’objectif est de simplifier la vie des usagers en étendant aux voitures particulières le système d’inspections mobiles qui était jusqu’à présent réservé aux véhicules utilitaires. Ces inspections pourront alors être réalisées dans des lignes de contrôle technique extérieures aux stations traditionnelles.

Cependant, la mesure la plus audacieuse envisagée consisterait à associer dès 2024 les garagistes privés au contrôle technique en leur permettant, moyennant une accréditation, d’effectuer des réinspections. Ainsi, les personnes pourront se rendre chez leur garagiste de confiance et ne seront plus obligées de se rendre dans un centre de contrôle technique pour leur contre-visite. Une pratique déjà mise en place aux Pays-Bas et en Allemagne.

La Wallonie ne veut pas suivre 

Valérie De Bue, ministre en charge de la Sécurité routière en Wallonie, ne se réjouit cependant pas de ces mesures et émet plusieurs objections. Pour commencer, elle tient à avertir que le contournement des stations au profit des garagistes sera loin de représenter une bonne affaire pour les automobilistes. Selon elle, les coûts pour les utilisateurs et les autorités risquent au contraire d’augmenter de manière significative. Car les garagistes devront répercuter sur leurs clients les frais liés à l’acquisition d’équipements de contrôle technique conformes aux normes requises. De plus, il faudra des ressources publiques renforcées pour superviser l’agrément et le suivi des activités de contrôle effectuées par de nombreux réparateurs. 

En outre, la reconnaissance des certificats de contrôle technique délivrés en Flandre risquerait de ne plus être valable en Wallonie, prévient la ministre. Il se peut que les mesures adoptées en Flandre ne soient pas conformes à la réglementation européenne, qui vise à harmoniser les règles et les pratiques de contrôle. Ainsi, le nord du pays pourrait rencontrer des problèmes s’il décide de suivre sa propre voie, soutient Valérie De Bue. Si une réparation effectuée par un garage en Flandre ne donne pas lieu à un certificat de contrôle technique valide, ce contrôle ne sera alors pas reconnu en Wallonie ou dans d’autres pays européens.

Une nécessité de contrôle technique commun 

Nous n’avons pas encore atteint ce stade, mais l’idée d’adopter un contrôle technique variable selon les Régions, qui semble bien engagée, ne réjouit pas l’ensemble de l’industrie automobile. La ministre flamande de la Mobilité bénéficie du soutien total de la Fédération belge de l’Automobile (FEBIAC). De son côté, la ministre wallonne de la Sécurité routière est confrontée à l’incompréhension de Traxio, la Fédération du secteur de la mobilité, concernant sa critique envers les garagistes, jugée « inappropriée, voire stupide, et témoignant d’une méconnaissance du problème ». Selon cette dernière, il ne s’agirait pas de remplacer les stations de contrôle technique, mais plutôt d’offrir la possibilité aux garagistes de revoir les véhicules recalés pour des défauts mineurs. 

Ce qui serait vraiment grave, c’est si la Flandre et la Wallonie ne parvenaient pas à se mettre d’accord sur un contrôle technique commun. « Un risque d’inconfort » à ne pas encourager, selon Touring, « pas idéal mais sans impact négatif sur la sécurité routière », ajoute VIAS, qui n’exclut pas la possibilité d’un « tourisme du contrôle technique » au-delà de la frontière linguistique, conséquence d’une régionalisation des compétences qui échappe parfois au bon sens et qui affecte également la formation à la conduite. 

Tout cela pour quoi ? C’est précisément ce que souligne le secteur des contrôleurs actuels. Olivier Goies, président du Comité de direction du groupe Autosécurité, qui compte 25 stations de contrôle technique et est le principal groupe wallon, a du mal à comprendre les motivations de cette volonté de réforme. “Un garagiste qui effectue à la fois la contre-visite et les réparations ? Je ne soutiendrais pas ce modèle économique. De plus, je doute que l’administration flamande, qui ne parvient déjà pas à superviser les stations de contrôle technique, dispose des effectifs nécessaires pour surveiller les garages agréés. À moins de ne plus respecter la réglementation européenne, je ne vois pas comment les mesures envisagées pourraient résoudre le principal problème, qui est le temps d’attente dans les stations flamandes. »

Une affaire qui est donc à suivre et dont l’issue sera révélera peut-être capitale pour le secteur du contrôle technique en Belgique !

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